//CONCLUSIONS DES CONCERTATIONS NATIONALES : QUEL IMPACT DU REJET DU M5-RFP SUR LE RESTE DU PROCESSUS ?

CONCLUSIONS DES CONCERTATIONS NATIONALES : QUEL IMPACT DU REJET DU M5-RFP SUR LE RESTE DU PROCESSUS ?

Les forces vives de la Nation ont adopté, ce samedi 12 septembre 2020 la charte de transition qui complète la Constitution du 25 février 1992 à l’issue des trois de concertations. Si ces assises avaient suscité bien d’espoir chez les maliens, les conclusions qui en sont issues laissent certains maliens sceptiques, avec un arrière-goût d’inachevé, à l’image du M5-RFP, qui crie à un détournement des objectifs que le peuple malien dans sa grande majorité revendiquait. Si tôt compris, ce dernier n’a pas attendu trop longtemps pour se démarquer de ce forfait.

Ces concertations nationales, faut-il le rappeler, avaient pour objectif de convenir des modalités pratiques de la transition. Spécifiquement, il s’agissait de définir les grands axes de la feuille de route et d’élaborer la Charte de la transition, à savoir définir les organes, les attributions, le mode désignation et la durée de la transition. Ainsi, sur le projet de feuille de route de la transition, les participants ont retenu six axes prioritaires : le rétablissement et le renforcement de la défense et de la sécurité sur l’ensemble du territoire national ; la promotion de la bonne gouvernance ; la refondation du système éducatif ; les réformes politiques et institutionnelles ; l’adoption d’un pacte de stabilité sociale ; et l’organisation des élections générales. Pour les organes de la transition : Un président et un vice-président civil ou militaire à désigner par un collège mis en place par les militaires du CNSP, un gouvernement de 25 membres et un conseil national pour une durée de 18 mois.

Le Conseil national de transition est censé regrouper 121 personnes réparties entre le M5-RFP, les partis politiques, la société civile, les religieux, la diaspora, les jeunes et les femmes

Si le CNSP s’est félicité de la richesse des discussions, et s’est engagé à mettre en œuvre l’ensemble de ces résolutions, eh bien, ce serait peut-être sans le M5-RFP qui dénonce assez de manquements entre ce qui a été dit et ce qui a été écrit dans les conclusions ! En effet, dans une (Déclaration N°008-CS/M5-RFP sur les conclusions des journées de concertation nationale sur la transition au Mali), le Mouvement du 5 Juin-Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP) dit avoir constaté, au terme des concertations nationales des 10, 11 et 12 septembre 2020 sur la Transition, que « le document final lu lors de la cérémonie de clôture n’était pas conforme aux délibérations issues des travaux des différents groupes, notamment sur les points suivants : la reconnaissance du rôle du M5-RFP et des martyrs dans la lutte du Peuple malien pour le changement ; le choix majoritaire d’une transition dirigée par une personnalité civile ; le choix d’un Premier ministre civil ».

Le M5-RFP dénonce également les rajouts à la Charte qui n’ont jamais été soumis à débats notamment sur des points comme:

– les prérogatives du Vice-président de la transition ;

– la composition et le mode de désignation des membres du collège de désignation du Président de la transition ;

– l’acte fixant la clé de répartition entre les composantes du Conseil National de Transition.

Enfin le M5-RFP condamne la non prise en compte unilatérale de très nombreux points du document qui n’avaient fait l’objet ni de rejet ni même de réserve dans aucun groupe.

Il s’agit notamment :

• des Assises Nationales pour la Refondation ;

• de l’organe de gestion du mécanisme de veille sur la Transition ;

• de la Cour constitutionnelle ; • du Haut Conseil Consultatif ;
• de la Cour des comptes ;

• des dispositions à valeur constitutionnelle en faveur de l’accès des femmes et des jeunes aux fonctions électives et nominatives et en faveur des personnes vivant avec un handicap ;

• l’autorité unique indépendante assurant la régulation de la communication audiovisuelle ;

• la prolongation des délais de garde à vue en cas de présomption de terrorisme et d’atteinte à la sureté nationale ;

• la nomination des responsables administratifs et financiers ou questeurs des Institutions de la République par décret pris en Conseil des ministres ;

• la reconnaissance des mécanismes traditionnels de règlement des litiges fondés sur les us et coutumes des différentes communautés.

« En conséquence, le M5-RFP dénonce les intimidations, les pratiques antidémocratiques et déloyales dignes d’une autre époque contre lesquelles la lutte pour le changement et la refondation a été enclenchée. La volonté d’accaparement et de confiscation du pouvoir au profit du CNSP ne saurait justifier les méthodes employées, qui affaiblissent le processus de transition. En conclusion, le M5-RFP se démarque du document produit qui ne reflète pas les points de vue et les décisions du Peuple malien. Bamako, le 12 septembre 2020 », conclut la déclaration signée par Choguel Kokalla Maiga, président du Comité Stratégique du M5-RFP.

Cette déclaration du M5-RFP risque fort d’entamer l’optimisme du colonel Assimi Goïta, lui qui dans son discours de clôture des concertations, a laissé entendre : « ce qui nous attend est tout aussi ardu. Nous demandons l’appui de la communauté internationale »

En effet, avec le refus du M5-RFP de cautionner ce qu’il a appelé « les pratiques antidémocratiques et déloyales dignes d’une autre époque contre lesquelles la lutte pour le changement et la refondation a été enclenchée », pas si sûr que la demande du président du CNSP ait un écho favorable au sein de la communauté internationale ! A moins que… A moins que la délégation du CNSP à la rencontre de la CEDEAO ce jour, à Accra, ne change la donne. En effet, puisque l’ensemble de la communauté internationale dit être derrière la CEDEAO, une entente entre cette dernière et le CNSP pourrait alors augurer de bonnes perspectives pour le Mali !

 

MAIMOUNA DOUMBIA

By |2020-09-15T15:05:44+02:00septembre 15th, 2020|A LA UNE|0 Comments

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