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CRISE SOCIO-POLITIQUE AU MALI: LE M5-RFP S’ILLUSIONNE TOUT SIMPLEMENT

Depuis bientôt huit semaines le Mali vit dans une impasse totale du fait d’une crise socio-politique qui a résulté de la contestation portée par le ‘’Mouvement du 5 juin-Rassemblement des Forces Patriotiques’’ (M5-RFP) contre le régime IBK. Pour tenter d’apporter des solutions qui siéraient à toutes les parties protagonistes, des missions de bons offices ont fusé de partout, tant sur l’échiquier national qu’aux niveaux sous régional et international. Mais il est vraiment regrettable de constater, malgré toutes ces interventions, que le mouvement contestataire, à savoir le M5-RFP, fait preuve d’un entêtement qui, au demeurant, commence à exaspérer les maliennes et maliens qui sont plutôt épris de paix et de quiétude. Il est évident que pour parvenir à résoudre une crise de cette envergure, des concessions doivent être réciproques de la part des protagonistes.

S’il est vrai que l’opinion nationale malienne, dans sa majorité écrasante, s’est accordée à dénoncer la mauvaise gouvernance qui caractérise le régime IBK, il n’en demeure pas moins vrai cependant que face à la contestation populaire, le Président IBK a, pour sa part, donné des vrais signes de sa bonne volonté à œuvrer pour un apaisement de la crise socio-politique en cours.

Aussi indépendamment des nombreuses tractations menées à l’interne pour sortir le pays de cette impasse, la ‘’Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest’’ (CEDEAO) a, elle aussi, tenté de jouer sa partition dans la résolution de la crise malienne. A cet effet, l’organisation sous régionale a dépêché à Bamako une première mission, les 18 et 19 juin 2020, pour faire des propositions de sortie de crise. La mise en œuvre des propositions ainsi faites par la CEDEAO ayant rencontré des écueils, à un certain niveau, celle-ci a alors envoyé à Bamako une équipe d’experts pour expliquer un schéma de mise en application de ses précédentes propositions. Arrivée à Bamako le mercredi 15 juillet 2020, cette délégation sous régionale qui était censée mener sa mission au bout de 72 heures, a été contrainte de prolonger celle-ci de 24 heures. A l’issue de cette deuxième mission de l’organisation sous régionale, les émissaires de la CEDEAO ont proposé un schéma pertinent de résolution de la crise. A la lumière des constats sur le terrain, on pourrait affirmer que ce schéma de sortie de crise proposé par la mission de la CEDEAO a majoritairement rencontré l’assentiment des citoyens. Mais du côté des dirigeants du M5-RFP ç’a plutôt été le contraire. Ces derniers ont tout simplement rejeté lesdites propositions au simple motif, et cela nul n’en est dupe, que la mission de la CEDEAO a recommandé le maintien du Président IBK à son poste. Comme pour prendre le relais de cette mission de la CEDEAO, une délégation de cinq Chefs d’Etat est arrivée à Bamako le jeudi 23 juillet 2020. La position exprimée par cette mission de haut niveau a été plus incisive étant donné qu’elle est allée bien au-delà de simples propositions ou recommandations pour déclarer avec  fermeté que ‘’la démission du Président de la République est une ligne rouge qu’il ne pas franchir’’. Ce serait une lapalissade que dire, cette attitude des Chefs d’Etat n’a pas du tout agréé aux contestataires et à cet effet, ils ont rejeté toutes les propositions faites par les hôtes de marque.

A bien y disserter, on pourrait affirmer qu’en faisant de l’exigence de la démission du Président IBK son cheval de bataille, le M5-RFP s’illusionne tout simplement dans la mesure où il est clair que ce n’est pas ce mouvement hétérogène qui pourra contraindre le Chef de l’Etat à la démission.

Et cela pour diverses raisons. D’abord, le président IBK a été démocratiquement élu par le peuple souverain du Mali. A cet effet, le M5-RFP n’est fondé ni légalement, ni légitimement pour exiger la démission de celui que le peuple a choisi. Ensuite si ce mouvement contestataire se fonde sur la popularité dont il jouit grâce à la présence de l’imam Dicko en son sein, il faut aussi qu’il sache que bien d’autres leaders religieux sont rattachés à la légalité constitutionnelle. D’ailleurs l’Imam Dicko, lui-même, n’a jamais demandé la démission du Président IBK car il connait les désagréments que cela pourrait engendrer. La démission du Président IBK n’est exigée que par une poignée de dirigeants du M5-RFP qui, au demeurant, sont en quête de popularité ou de place dans l’appareil d’Etat. Des gens qui ne luttent que pour leur égo. De par l’entêtement dont ils font preuve, les dirigeants du M5-RFP courent à leur propre perte, tant au niveau national qu’à celui international. En effet, au niveau national, les dirigeants du M5-RFP pourraient bien essuyer le revers de la médaille en pâtissant de l’entêtement dont ils font preuve, en voulant se targuer de la position de force qui est la leur aujourd’hui. En effet, comme le dit l’adage ‘’ Tant va la cruche à l’eau qu’enfin elle se brise’’, le camp des radicaux du M5-RFP pourrait bien pâtir de son obstination en s’exposant à une espèce de ressentiment de la part des masses laborieuses qui, au demeurant, sont plutôt éprises de paix et de quiétude.

D’ailleurs les signes précurseurs de ce ressentiment sont déjà perceptibles en bien d’endroits et nombreux sont les citoyens qui trouvent que le M5-RFP exagère dans ses prises de positions. S’agissant du niveau international, le M5-RFP se tromperait lourdement en voyant une espèce de faiblesse derrière l’attitude de tempérance dont a fait preuve la délégation des Chefs d’Etat de la CEDEAO.

Le mouvement contestataire malien ne doit pas perdre de vue qu’il est loisible à cette organisation sous régionale d’utiliser des manières fortes pour ramener certains récalcitrants à l’ordre. Elle en a déjà fait la preuve sous d‘autres cieux.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-07-28T16:25:08+02:00juillet 27th, 2020|A LA UNE, ANALYSE|0 Comments

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