//CRISE SOCIOPOLITIQUE: LE DIAGNOSTIC SANS COMPLAISANCE D’UN GROUPE D’INTELLECTUELS MALIENS

CRISE SOCIOPOLITIQUE: LE DIAGNOSTIC SANS COMPLAISANCE D’UN GROUPE D’INTELLECTUELS MALIENS

La crise sociopolitique prend des proportions qui commencent à inquiéter plus d’un au Mali. Dans la volonté de contribuer  aux efforts tendant à sortir le pays du gouffre abyssal, des intellectuels maliens ont mené la réflexion et proposer des  alternatives de solutions. Les anciens ministres Ousmane SY, Ousmane THIAM, Sory MAKANGUILE ancien président de la cocan et Mossadek BALLY font partie de ce groupe d’intellectuels qui ont voulu, par une réflexion, alimenter le débat autour de la crise qui frappe notre Maliba.

De l’analyse de ces personnalités, il est encore trop tôt pour dire où s’arrêtera cette roue qui s’est mise maintenant à tourner si vite pour où mener le Mali. A leurs yeux, il est déjà possible pour des femmes et des hommes de bonne volonté d’essayer de comprendre pourquoi on en est arrivé là et ce qu’il faudra en retenir pour sortir du blocage actuel. «Le Mali n’est pas une abstraction. C’est un ensemble de 18 millions de femmes et d’hommes qui ont bien du mal à se souvenir que leur nation était, en Afrique, un modèle du «vivre ensemble» et fut, dans une période très lointaine, le berceau de plusieurs grands empires » font remarquer ces citoyens indignés par ce qui arrive à leur pays. Selon eux, il revient à l’État, par les politiques qu’il met en œuvre, d’accélérer les résultats positifs du développement, d’en faire bénéficier le plus grand nombre et d’empêcher les inégalités excessives. Leur conviction est que depuis longtemps, les Maliennes et les Maliens sont orphelins d’un tel État, capable de leur donner un horizon à long terme acceptable, voire attrayant,  pour tous et de les guider et les mobiliser pour atteindre celui-ci.

A en croire ce groupe d’intellectuels, près de 40% des citoyens, dénués de tout, vit toujours en dessous du seuil de pauvreté absolue, sans grand espoir que cette situation change pour eux-mêmes ou pour leurs enfants. Le manque considérable d’emplois, les lacunes croissantes du système éducatif, les défaillances du système de santé ont été longtemps ces risques majeurs, souligne le groupe qui ajoute qu’il s’y est ajouté depuis près de 10 ans l’insécurité physique due au terrorisme et le dépérissement progressif d’une grande partie du territoire national conduisant à l’abandon de ceux qui doivent y vivre. Mais, dit le groupe, la patience et la résistance du peuple Malien lui ont permis de supporter jusqu’ici ces vides et ces déceptions et, grâce aux traditions ancestrales de solidarité familiale ou sociale, de trouver des palliatifs individuels plus ou moins satisfaisants. Mais deux constats ont été à l’origine d’une contestation structurée et hors des enceintes légales, d’une part, et des scènes de désolation qui l’ont suivie, d’autre part.

Le premier est celui d’une corruption envahissante et impudique, jusque dans les cercles les plus éminents du pays, qui pille les deniers publics, fausse les règles du jeu et la logique des compétences dans nombre de secteurs d’activité, et décourage ceux qui s’obstinent à la refuser. Le second est celui de l’injustice: déjà observée dans l’impunité des corrompus, elle est tout récemment devenue intolérable à la suite de la remise en cause de nombreux résultats des élections législatives, qui ont rappelé les longues contestations des dernières élections présidentielles. L’absence de réponse adaptée à l’ampleur de ces mécontentements populaires, tant de la part des autorités nationales que des partenaires du Mali, ne pouvait que conduire à la présente situation insurrectionnelle selon ce groupe. Dans ce cadre, le groupe a  recensé avec humilité mais avec une forte conviction, quelques critères fondamentaux que doivent impérativement réunir les dirigeants, quels qu’ils soient, face à une situation comme celle que vit aujourd’hui notre cher Pays. Le premier est celui d’une honnêteté incontestée par tous. Elle est requise pour faire oublier une longue période désastreuse de discours trompeurs, de promesses non tenues, de difficultés camouflées, de népotisme ou de favoritisme au profit de quelques-uns. Le deuxième est celui d’une compétence élevée, et si possible exceptionnelle. Les défis sont si grands et les maux si profonds que les surpasser est maintenant chose presqu’impossible. Les dirigeants doivent donc posséder une expérience vaste et éprouvée, une connaissance approfondie du terrain national, des interactions internationales et des succès professionnels reconnus par tous. Ils devraient, si possible, avoir traversé des épreuves et triomphé sans dommages pour ceux dont ils avaient la charge.

Le troisième est celui du goût de l’action et de l’impartialité. Le pays a un besoin impératif de constater que l’État joue pleinement le rôle multiforme qui lui revient: celui d’impulsion, de coordination, d’encouragement, de sanction. En somme, les dirigeants ne doivent plus se contenter d’être des tribuns, mais être surtout des hommes d’action. Ce n’est qu’à ces conditions simultanées d’honnêteté, de compétence, d’impartialité et  d’action concrète que pourra commencé à se retisser une relation de confiance entre les populations et l’État. C’est pour les supporter que les citoyens doivent pouvoir croire en leur utilité et adhérer eux-mêmes à ces idéaux d’honneur et de dignité. Il faut aussi aux dirigeants une abnégation et une humilité à toute épreuve qui renforceront encore leur leadership. Ils ne sont que les dépositaires, et non les propriétaires, du pouvoir qui leur est confié parla nation. Cette abnégation impose un don de soi, un engagement sans réserve et un rejet de tout gain personnel. La dernière qualité requise des dirigeants, peut-être la plus essentielle, est certainement celle du respect: respect de la fonction et de ce qu’elle incarne ; respect de la nation au service de laquelle sont les responsables à tous les niveaux ; respect des droits les plus fondamentaux de l’individu, et notamment celles de sa foi et sa liberté d’expression, dans la pleine tradition de l’Histoire nationale. En la matière, la laïcité de l’État nous semble un bien précieux, qui a souvent préservé l’unité de la nation malienne et doit donc être soigneusement sauvegardée. Respect enfin et surtout du bien le plus précieux de tous les citoyens qui est leur vie, comme l’avait bien compris le Président Modibo KEITA, qui disait, en 1968, qu’«une seule goutte de sang malienne doit être versée pour qu’il reste au pouvoir».Voilà notre modeste contribution aux discussions en cours. Nous espérons qu’elles expriment les attentes de beaucoup de Maliennes et de Maliens et qu’à ce titre, elles seront écoutées par ceux qui vont reconstruire le pays après cette période d’intenses turbulences. Les personnalités qui ont fait cet appel aux constructions sont entre autres : Mossadeck BALLY, Arwata Ben Baba, Jamila Ferdjani Ben Baba, Paul Derreumaux, Ramatou TRAORE Derreumaux, Aya THIAM DIALLO, Sory Ibrahima MAKANGUILE, Fatoumata KEITA OUANE, Habib OUANE, Aminata SIDIBE, Birama SIDIBE, Mamadou SIDIBE, Youba SOKONA, Amadou Sidiki SOW, Awa Gakou SOW, Ousmane SY, Ousmane THIAM.

LAYA DIARRA

By |2020-07-24T10:36:52+02:00juillet 24th, 2020|POLITIQUE|0 Comments

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