/, POLITIQUE/DANS LES ARCANES DE LA TRANSITION : LE M5-RFP DEVRAIT PLUTOT FAIRE CONTRE MAUVAISE FORTUNE BON CŒUR

DANS LES ARCANES DE LA TRANSITION : LE M5-RFP DEVRAIT PLUTOT FAIRE CONTRE MAUVAISE FORTUNE BON CŒUR

Si dans les suites immédiates du putsch du 18 août dernier, les Maliens avaient unanimement nourri l’espoir que la junte et le M5-RFP allaient filer le parfait amour pour conduire, en tandem, aux destinées de la période transitoire, eh bien cet amour n’a été qu’éphémère. Juste le temps d’un feu de paille.

En effet, à bien disserter sur les tenants et les aboutissants du putsch en question, on devrait logiquement couper la poire en deux en ce qui concerne la gestion de la Transition et d’ailleurs c’est bien ce qui avait été envisagé par les uns et par les autres. Mais dès lors que l’objectif a été atteint, à savoir la chute du régime IBK, des velléités de confiscation du pouvoir ont fait leur apparition dans l’un des deux camps, tandis que dans l’autre on s’insurge et on dénonce un tel état des faits. Au fil du temps cette situation de guéguerre a évolué en amenant les deux principaux acteurs du coup d’état à se regarder en chiens de faïence. Mais malheureusement les journées de Concertations nationales, tenues les 10, 11 et 12 septembre sont venues en rajouter à la rancœur du M5-RFP qui se trouve abusé et floué par le CNSP, l’organe de la junte, dans la conduite de la Transition.

Cette amertume ressentie par le M5-RFP est d’autant normale quand on sait que c’est lui qui a déclenché la lutte, le 05 juin 2020, avec une opiniâtreté qui lui a valu de nombreux martyrs

N’eût été le mouvement populaire conduit par le M5-RFP et qui a servi de tremplin à la junte pour procéder à l’arrestation d’IBK, le coup d’état ne se serait pas réalisé et en conséquence, le CNSP n’aurait pas existé à plus forte raison d’avoir des velléités de confiscation du pouvoir d’Etat. En vérité cette attitude adoptée par la junte surprend le moins dans la mesure où, c’est devenu presque une règle générale, dans la plupart des insurrections populaires à travers le monde, notamment en Afrique, le dernier rôle revient toujours à l’armée nationale, sous le prétexte du rétablissement de l’ordre et de la sauvegarde de la République. Et pourtant compte tenu des péripéties de la crise que le Mali traversait, votre quotidien le ‘’Soir de Bamako’’ avait tiré sur la sonnette d’alarme, dans sa parution N°5363 du 8 juillet 2020, en ces termes : « Eu égard aux péripéties de la crise sociopolitique actuelle, il y a lieu de redouter que l’on n’en arrive à des extrêmes. Cette crainte est d’autant légitime quand on sait qu’en cas de démonstration de force, le M5-RFP misera sur sa capacité de mobilisation en envoyant dans les rues une foule innombrable de citoyens. Et pour contrer cette manifestation des foules, le pouvoir d’Etat pourrait tenter de déployer les forces de sécurité en guise d’épouvantail dissuasif. Dans un tel scénario, un affrontement pourrait vite arriver avec des conséquences dramatiques et un ‘’troisième larron’’ pourrait toujours être aux aguets, prompt à intervenir pour arrêter la saignée et rétablir l’ordre. La suite serait un scénario classique connu….Un putsch militaire et c’est le pays qui s’en sort toujours affaibli ».

Le coup d’état qui a été perpétré au Mali le 18 août 2020 n’a pas dérogé à cette règle

Les militaires eux-mêmes avaient vite reconnu,  qu’ils n’ont fait que parachever la lutte engagée et soutenue par le M5-RFP et qu’à cet effet ils n’ambitionnent pas de s’éterniser au pouvoir et qu’ils le remettront au plus vite aux civils. A vrai dire, si cette attitude et les déclarations faites par les militaires dénotent leur volonté de cheminer avec la classe politique malienne pour la Transition, leurs pratiques de tous les jours sont en porte-à-faux avec cette volonté dont ils tentent de se prévaloir. En effet dans le cadre de la gestion de la Transition, de la perpétration du coup d’état à nos jours, la junte a commis des impairs qui mettent à nue sa volonté d’écarter le M5-RFP ou alors réduire au minima sa marge de manœuvre dans la conduite de la période transitoire. Les responsables du M5-RFP ont parfaitement compris les tacles que n’en finissent pas de leur poser les militaires, pour la conduite de la Transition. Le fait que les dés aient été pipés en ce qui concerne la rédaction et la publication de la Charte de la Transition, cela n’a contribué qu’à renforcer le déficit de confiance qui était à peine perceptible. Il est vrai qu’un tel comportement de la junte est fortement condamnable, mais il n’en demeure pas moins vrai aussi que, pour pleinement réussir la période transitoire, le M5-RFP devrait plutôt faire contre mauvaise fortune bon cœur.

Et cela ne contribuera qu’à grandir les dirigeants de ce mouvement qui feraient ainsi preuve de patriotisme

La junte a promis de conduire la Transition pour une durée de 18 mois et cela pour se conformer à une des exigences de la CEDEAO. A bien y penser, on concéderait volontiers que cette période n’est pas excessivement longue et les dirigeants du M5-RFP pourraient toujours mettre à profit cet intervalle de temps pour redorer leurs blasons et mieux se préparer pour les prochaines échéances électorales. Il ne servira à rien de vouloir engager un bras de fer avec la junte qui détient, pour le moment, les rênes du pays. Quoi qu’il en soit le sacrifice qu’ils ont consenti pour réussir à évincer le régime IBK ne sera pas vain.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-09-15T15:43:18+02:00septembre 15th, 2020|ANALYSE, POLITIQUE|0 Comments

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