///ENTRE LE PEUPLE ET LE CNSP: UN DEFICIT DE CONFIANCE S’INSTALLE DE PLUS EN PLUS

ENTRE LE PEUPLE ET LE CNSP: UN DEFICIT DE CONFIANCE S’INSTALLE DE PLUS EN PLUS

Le moins que l’on puisse dire, suite au putsch qui a renversé le régime IBK, est que l’entente ne semble pas être parfaite entre les deux principaux acteurs de ce changement de régime. En effet si à la suite immédiate de ce coup de force, une certaine entente avait été sentie entre les deux alliés que sont le M5-RFP et le CNSP, il faut dire qu’il a fallu de quelques jours à peine pour qu’une espèce de méfiance pointe entre ces deux entités. Si aux yeux de l’opinion publique, la paternité du putsch revient au CNSP, il n’en demeure pas moins que c’est plutôt le M5-RFP qui a servi de tremplin aux militaires. A ce titre il aurait été plus judicieux que la période transitoire soit dirigée en tandem par le M5-RFP et le CNSP.  

Mais au regard du déroulement des choses, depuis la perpétration de ce coup de force, on pourrait être porté à se faire à l’idée que la junte nourrit plutôt des velléités de s’approprier exclusivement des rênes de la transition. En tout cas nombreux sont les observateurs qui se demandent si le M5-RFP accepterait de se faire gruger par le CNSP après l’aboutissement de sa lutte. Ce questionnement est d’autant pertinent quand on constate que ce mouvement populaire qui est à la base de la contestation contre le régime IBK semble avoir, de moins en moins, voix au chapitre en ce qui concerne les actes que pose le CNSP et ayant trait à la vie de la nation.

Ce serait une lapalissade que dire, les dirigeants du M5-RFP n’approuvent pas, loin s’en faut d’ailleurs, cette attitude du CNSP à l’égard de leur mouvement.

Toute chose qui pousse le citoyen ‘’lambda’’ à se demander si le M5-RFP et le CNSP n’ont pas déjà commencé à se regarder en chiens de faïence pour ce qui est de la conduite de la période transitoire ? En tout cas depuis l’aboutissement du putsch le 18 août 2020, ce n’est que le samedi 29 août 2020 que la junte a enfin daigné recevoir une délégation du M5-RFP. C’était d’ailleurs une rencontre organisée dans l’urgence, après que le M5-RFP ait reproché à la junte de ne pas suffisamment l’associer dans l’organisation de la transition. Encore faut-il dire, cette rencontre n’a pas suffi à concilier toutes les positions et à dégager une convenance commune entre ces deux entités. Le moins que l’on puisse dire est cette attitude du CNSP trahit les déclarations du colonel-major Ismaël Wagué, porte-parole du CNSP, quand il disait « Le Comité National pour le Salut du Peuple remercie le peuple malien pour son soutien. Il n’y a pas eu de coup d’état. Nous avons parachevé le travail du peuple… ».

Mais en réalité, au regard du comportement de la junte vis-à-vis du M5-RFP, on serait fondé d’y voir l’expression d’une certaine méfiance envers les hommes politiques.

C’est d’ailleurs ce qui amènera un membre du CNSP qui a requis l’anonymat à dire « le CNSP a expliqué être là pour réformer le pays, mais certains de ses membres ne veulent pas avoir à composer avec des hommes politiques qui ont occupé des fonctions dans de précédents Gouvernements ». En vérité si l’auteur de ces propos a requis l’anonymat, nul n’est dupe que c’en est là, malheureusement, une mentalité largement partagée au sein de la junte qui semble ne pas faire confiance à la classe politique, notamment à ses acteurs qui ont duré dans le rouage. Mais à tendre l’oreille à la vox populi on retiendrait plutôt que ce prétendu manque de confiance dont voudrait se prévaloir les militaires n’est qu’un alibi pour faire trainer les choses. L’opinion nationale, qui semble prendre fait et cause pour le M5-RFP, soupçonne la junte de vouloir user de subterfuges pour non seulement s’approprier exclusivement de la gestion de la période transitoire mais aussi de faire en sorte que celle-ci soit la plus longue possible. On voit donc que dans un tel contexte c’est plutôt un déficit de confiance qui, petit à petit, est en train de s’installer entre le peuple et le CNSP. Toute chose qui n’augure pas de lendemain meilleur pour le pays qui pourrait renouer avec une spirale de contestations et autres manifestations populaires. Comme pour rendre délétère une situation naguère précaire, peut-être par inadvertance, le CNSP a posé certains actes qui ont fini par conforter les forces vives de la nation dans leur manque de confiance à l’endroit de la junte. Au nombre de ces actes nous retiendrons essentiellement :

  • Le fait que la junte ait décidé unilatéralement de discuter avec la délégation de la CEDEAO sans y associer les civils ;
  • L’établissement de l’Acte Fondamental en cohabitation avec la Constitution de la République du Mali ;
  • L’annonce de façon unilatérale d’une rencontre avec les forces vives de la nation. Tout cela est de nature à créer un climat de suspicions porteur des germes d’une méfiance réciproque entre la junte et le peuple. En tout cas pour une transition que l’on voudrait pleinement réussir, la junte gagnerait à conjuguer ses efforts avec ceux du M5-RFP qui, aujourd’hui, peut se prévaloir de la force du peuple à laquelle nulle autre force ne peut résister.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-09-01T16:14:03+02:00septembre 1st, 2020|COOPÉRATION|0 Comments

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