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FACE A LA CONTESTATION: « PAS QUESTION DE DÉMISSION DU PREMIER MINISTRE NI DE TRANSITION POLITIQUE… » A PRÉVENU IBK

Eu égard aux nombreuses péripéties qui n’en finissent pas de marquer la crise sociopolitique que leur pays traverse depuis dix semaines maintenant, les Maliens sont, on ne peut plus, gagnés par un sentiment d’appréhension quant à l’aboutissement de la situation. Une crise qui, de cause à effet, a ébranlé les principales Institutions de la République avec pour corollaire, le bouleversement de la vie de la Nation. Est-il besoin de dire, la résolution de toute crise, sociopolitique ou politico-judiciaire fût-elle, passe nécessairement par un dialogue entre les protagonistes. Et l’aboutissement heureux d’un tel dialogue est forcément et nécessairement tributaire de concessions réciproques.

S’agissant de mesures allant dans le sens de l’apaisement de cette crise qui oppose le mouvement populaire M5-RFP au Président IBK, il faut vraiment reconnaitre que ce dernier a fait des concessions de taille, même si ses adversaires en réclament plus, quitte à ramer à contrecourant des dispositions constitutionnelles de la République. C’est ainsi que le Chef de l’Etat a pris un décret abrogeant celui qui avait nommé les membres de la Cour Constitutionnelle accusés d’avoir tripatouillé les vrais résultats issus des urnes à l’occasion des législatives de mars-avril 2020. D’autres conseillers ont été nommés à la Cour Constitutionnelle avec pour mission fondamentale de vider le contentieux afférent aux résultats contestés de la dernière législative.

D’autres concessions sont certainement envisagées par le Chef de l’Etat pour sortir le pays de cette impasse.

Mais à bien disserter sur les tenants et les aboutissants de cette crise, on concéderait volontiers que bon nombre des points d’exigence du camp de la contestation vont à l’encontre des dispositions constitutionnelles du pays. Il serait superfétatoire de dire, pour parvenir à concilier les positions dans ces cas-là, qu’il faille absolument savoir raison garder afin d’éviter de créer de mauvais antécédents dans la gestion des affaires publiques et surtout quand il s’agira d’enfreindre à des dispositions légales, voire constitutionnelles du pays. S’il est vrai que le M5-RFP peut se targuer d’avoir concédé la démission du Président de la République, ce qui n’était pas évident d’ailleurs sans conséquences fâcheuses, il n’en demeure pas moins vrai qu’en exigeant la démission du Premier ministre Boubou CISSE, ce mouvement contestataire prête le flanc à l’illégalité. Si avec la mise en place de la nouvelle mouture de la Cour Constitutionnelle, on espérerait pouvoir évoluer en ce qui concerne le volet ‘’élection’’ de la crise, il faut tout de même reconnaitre que s’agissant du volet plus ‘’politique’’ la situation pourrait se figer. En effet, le camp des contestataires, à savoir le M5-RFP, a organisé le mardi 11 août 2020 à Bamako, un rassemblement populaire pour faire pression sur le Chef de l’Etat de qui il exige la démission du gouvernement restreint dont les rênes sont tenues par le Pm Boubou CISSE. Au-delà de la démission du Pm Boubou CISSE, le M5-RFP demande aussi l’instauration d’une transition politique.

Comme agacé par les tergiversations et autre entêtement des leaders de la contestation, le Président IBK a tout simplement prévenu qu’il n’y a « pas question de démission du Premier ministre ni de transition politique ».

En revanche, il se dit entièrement acquis à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Signalons que dans son mémorandum adressé au Président IBK, en guise de canevas de sortie de crise, le M5-RFP exige que le Premier ministre soit issu de ses rangs et que revienne à ce dernier le pouvoir exclusif de nommer aux emplois civils et militaires supérieurs de la République. Bien entendu que ce sont là des pratiques qui jurent avec les articles 38 et 46 de la Constitution de la République du Mali. En effet, la Loi Fondamentale du Mali dispose en les articles ci-dessus cités : « Le Président de la République nomme le Premier ministre. Il met fin à ses fonctions sur présentation par celui-ci de la démission du gouvernement (article 38). Le Président de la République nomme aux emplois civils et militaires supérieurs déterminés par la loi (article 46) ».

Ce qui semble être encore plus paradoxal, c’est quand le M5-RFP se dit attaché à la légalité constitutionnelle.

Cela ne l’empêche pas d’exiger des actes qui jurent avec les dispositions constitutionnelles du Pays. Et puis après tout, si le Président IBK a préféré renouveler sa confiance à Boubou CISSE, c’est bien parce qu’il a trouvé en ce dernier des qualités requises pour être un bon Premier ministre. D’ailleurs dans sa récente lettre de mission à l’adresse du Premier ministre, le président IBK n’a-t-il pas écrit : « Je vous ai reconduit dans vos fonctions de Chef de gouvernement, le 11 juin dernier. Ce n’était là, nulle complaisance, nulle faveur mais un choix dicté par le mérite : votre mérite. Vos compétences techniques sont avérées. Votre loyauté également que j’ai eu loisir à vérifier pendant la quarantaine de jours où vous vous êtes tenu à mes côtés pour gérer la crise sociopolitique que le pays traverse. Enfin vous avez un sens élevé de l’Etat et de l’éthique…. ». Si, fort de tous ces critères, le Président de la République, usant du pouvoir discrétionnaire que lui confère la loi, a jeté son dévolu sur Boubou CISSE pour lui confier les rênes du gouvernement, il serait vraiment injuste que l’on tente de lui dénier cette prérogative.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-08-12T17:50:18+02:00août 12th, 2020|ACTUALITE, ANALYSE|0 Comments

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