/, SOCIÉTÉ/GRÈVES TOUS AZIMUTS: POURQUOI LES FRONDES SOCIALES SONT AUTANT RÉCURRENTES AU MALI

GRÈVES TOUS AZIMUTS: POURQUOI LES FRONDES SOCIALES SONT AUTANT RÉCURRENTES AU MALI

Au regard de la récurrence des frondes sociales qui n’en finissent de perturber le fonctionnement normal de nos services publics, on serait en droit de se demander si réellement nos différentes organisations syndicales tiennent compte des réalités socio-économiques du pays ou encore de la situation d’exception que traverse le Mali, en ces temps de la Transition.

Si la liberté syndicale est garantie par la loi fondamentale du Mali, en son article 20, il faut dire que sous nos cieux, la vérité est que les organisations syndicales s’illustrent plus par des lancements de mots d’ordre de grèves ayant tous, en commun, des revendications se rapportant aux traitements salariaux des travailleurs de leurs corporations syndicales. Dans un pays où il a été souvent dit et même parfois prouvé que les autorités publiques n’entendent que la voix de la force pour faire droit aux revendications syndicales, on peut d’ores et déjà se convaincre que les différentes revendications ne peuvent qu’avoir des effets domino les unes sur les autres.

On se souvient que ce sont les magistrats qui ont été les premiers à donner le ton des grèves tous azimuts en lançant un mot d’ordre de grève qui s’était étendu sur 35 jours (du 09 janvier au 12 février 2017 inclus), avant que le gouvernement ne se résolve à faire droit à leurs revendications

En son temps, nombreux ont été les observateurs qui se sont dit surpris par la consistance des concessions faites par le gouvernement pour satisfaire aux revendications des organisations syndicales de la magistrature. Des avantages à rendre envieux les autres travailleurs de l’Etat. C’est donc de bonne guerre, si d’autres corps des services publics posent le problème de l’amélioration des conditions de vie et de travail de leurs agents. C’est dans ce cadre que les organisations syndicales de la santé ont pris le relais de celles des magistrats en entamant, elles-aussi, une grève qui va finalement s’étendre sur 38 jours au grand désagrément des populations vulnérables qui, au demeurant, constituent la très grande majorité dans notre pays qui manque de tout ou presque.  Aujourd’hui, bien que nous passions une période de Transition, les différentes organisations syndicales de l’Administration publique ont déclenché une grève de 15 jours sur toute l’étendue de territoire national. Ils préviennent qu’en cas de non satisfaction, ils durciraient leur position en déclenchant une grève, cette fois-ci illimitée, à partir du 9 novembre 2020. En fait de revendications, comme à l’accoutumée, les syndicats de l’Administration exigent principalement, l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents à travers l’augmentation des primes et autres indemnités, le renforcement de la sécurité des représentants de l’Etat…

En vérité on devrait plutôt en vouloir au pouvoir exécutif qui trouve toujours le malin plaisir de faire des grandes promesses à l’endroit des organisations syndicales sans jamais pouvoir les honorer

C’est donc à juste raison si un véritable malaise et un sentiment de révolte se sont installés dans bon nombre de corporations et autres organisations syndicales qui se sont finalement convaincus que seules les mots d’ordre de grèves illimitées pourraient constituer ‘’une arme efficace’’ contre les tenants du pouvoir au Mali, car ceux-ci n’ont de respect que pour ceux qui s’inscrivent résolument dans la voie du ‘’radicalisme total’’.  A y disserter, on concéderait volontiers que si les frondes sociales sont autant récurrentes, c’est bien par la faute de nos gouvernants qui se sont toujours illustrés par des tergiversations face aux revendications des travailleurs, alors que ceux qui détiennent une parcelle du pouvoir d’Etat s’offrent un train de vie digne de la ‘’très haute bourgeoisie des pays nantis’’. Eu égard à cette réalité de la vie quotidienne de nos dirigeants ou simplement de leurs protégés, il serait absurde d’alléguer le manque de moyens financiers de l’Etat pour apporter une amélioration conséquente aux conditions de vie et de travail des agents et fonctionnaires de l’Etat, ceux-là même qui sont à la base de la production de la richesse et du bien-être social dans le pays, donc les ‘’vrais pâtissiers du gâteau national’’C’est donc de bonne guerre que l’essentiel des revendications syndicales au Mali, tourne autour de l’amélioration de la grille salariale des travailleurs.

Une façon de dire que les grèves tous azimuts auxquelles nous assistons, n’ont pour finalité que de réclamer plus d’équité dans le partage du ‘’gâteau national’’

Les argumentaires de cette réclamation tiennent du fait que le train de vie qui est réservé au fonctionnement de certaines de nos Institutions de la République est tout simplement exorbitant pour un pays comme le nôtre et aussi nos gouvernants ne se gênent aucunement de faire étalage de leurs goûts immodérés pour le grand luxe, au point que cela frise parfois la mégalomanie. On serait même tenté de dire que les décisionnaires dans le partage du “Gâteau National’’ s’auto attribuent toujours la part du lion.  C’est le cas de l’Assemblée Nationale où les députés s’offrent des primes et des salaires mirobolants alors que c’est le pauvre contribuable qui se casse en mille morceaux pour alimenter les caisses de l’Etat. C’est dire qu’un vrai cas de conscience devrait se poser là, quant à la façon d’user des deniers publics. En tout cas, avec ces privilèges exorbitants que s’offrent nos gouvernants sur le dos du pauvre contribuable, on peut être sûr et certain que la fin des grèves répétitives, dans tous les secteurs d’activité de l’Etat, ce n’est pas demain.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-10-22T16:03:05+02:00octobre 22nd, 2020|ACTUALITE, SOCIÉTÉ|0 Comments

About the Author:

Leave A Comment

Aller à la barre d’outils