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LUTTE CONTRE LA CORRUPTION: LE COLONEL ASSIMI GOITA REUSSIRA-T-IL A TENIR PROMESSE ?

En tendant l’oreille à l’opinion publique malienne, on se rendrait aisément compte que les populations, toutes tendances confondues, approuvent à l’unanimité toute politique axée sur la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite. Cette espèce d’intéressement public à la lutte contre la corruption tient surtout du fait que, depuis l’avènement de la démocratie multipartite au Mali, tous les Présidents de la République qui se sont succédé au Palais de Koulouba ont brandi cette lutte comme moyen dissuasif, mais sans jamais parvenir à traduire cette menace en actes concrets. Il est donc tout à fait normal et légitime d’ailleurs que les maliens se réjouissent des déclarations faites, le 21 septembre 2020 à la veille de la commémoration du 60ème anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale, par le Chef de l’Etat Assimi GOITA et non moins président du CNSP.

En effet, au cours de cette adresse à la nation, le colonel GOITA a déclaré : « Le développement et le salut de notre pays passent impérativement par un changement profond de notre manière d’agir, une rupture d’avec nos méthodes habituelles de gestion, une mutation profonde de nos rapports à la chose publique et un changement de mentalité. Sans sacrifices, le changement tant souhaité et escompté ne sera qu’un vœu pieux, un vain mot. Il passe par la lutte implacable contre la mauvaise gouvernance et l’impunité. C’est un devoir impérieux d’initier toutes les actions appropriées en vue d’inverser la tendance et de construire un Mali nouveau, un Malien nouveau…

Nous travaillerons à ce que nul ne puisse impunément s’enrichir au détriment de l’Etat et des citoyens

Nos institutions ne serviront plus de refuges à ceux qui cherchent, au moyen de certains mécanismes, à se soustraire à l’action de la justice, dévoyant ainsi l’immunité de ses finalités. Je vous donne l’assurance, chers compatriotes, qu’à la faveur des réformes majeures envisagées, l’immunité ne sera plus un obstacle juridique aux poursuites judiciaires en matière de délinquance financière et économique. De même, le temps n’aura plus de prise sur cette infraction qui sera érigée en infraction imprescriptible… ». Les Maliens ont bien accueilli ces propos à travers lesquels le patron de la junte s’insurge contre la persistance de la corruption et de l’enrichissement illicite dans notre société. Et surtout que, de façon implicite, il promet d’engager une lutte implacable contre la mauvaise gouvernance et l’impunité sous nos cieux. Mais eu égard aux initiatives maintes fois prises, auparavant, par des autorités publiques et qui n’ont abouti jusque-là à aucun résultat probant, les maliens se demandent alors si vraiment le colonel GOITA arrivera à tenir promesse. Ce questionnement a bien sa part de pertinence quand on sait que dans les fondements même de la République il y a des dispositions légales qui contribuent à sérieusement entraver le train d’une lutte implacable contre la corruption et la délinquance financière.

En effet, à bien disserter sur certaines dispositions légales et aussi sur certaines procédures judiciaires en vigueur dans notre pays, on serait porté à se faire des appréhensions tout à fait légitimes à propos de certaines mesures légales qui pourraient constituer des sérieux handicaps dans l’acheminement de la lutte contre la corruption

Au nombre desdites mesures  handicapantes, il y a, essentiellement, l’immunité parlementaire et la Haute Cour de Justice. La Constitution de la République dispose en son article 62 « Les députés bénéficient de l’immunité parlementaire… Aucun membre de l’Assemble Nationale ne peut, pendant la durée de la session, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu’avec l’autorisation de l’Assemblée Nationale, sauf en cas de flagrant délit… ». S’agissant de la Haute cour de Justice, l’article 95 de la Constitution de la République du Mali stipule « La Haute Cour de Justice est compétente pour juger le Président de la République et les Ministres mis en accusation devant elle pour Haute trahison ou à raison de faits qualifiés de crimes ou délits commis dans l’exercice de leurs fonctions ainsi que leurs complices en cas de complot contre la sûreté de l’Etat. La mise en accusation est votée par scrutin public à la majorité des 2/3 des Députés composant l’Assemblée Nationale ».

Ce serait tout simplement une lapalissade que dire, ces dispositions constitutionnelles constituent de sérieux handicaps dans l’acheminement de la lutte contre la corruption et l’enrichissement illicite

Des députés indélicats pourraient bien se mettre sous le parapluie de l’humanité parlementaire tandis que des ministres auxquels sont reprochés des inconvenances pourraient ne jamais être mis en accusation par le Haute Cour de Justice qui est plus politique que judiciaire. C’est donc à juste raison que le citoyen ‘’lambda’’ malien  se demande si, face à de telles éventualités, le colonel GOITA aura les coudées franches pour mener la lutte qu’il envisage ? Pas si sûr ! A moins qu’on procède à de profondes réformes institutionnelles majeures, telles qu’envisagées par le Colonel Assimi GOITA dans son adresse à la nation. En tout cas, les citoyens souhaitent de tout cœur que les réformes envisagées puissent se concrétiser car à leur entendement, une justice égalitaire et immunité parlementaire ne font pas bon ménage.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-09-28T14:09:06+02:00septembre 24th, 2020|ACTUALITE, ANALYSE|0 Comments

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