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SÉCURISATION DE LA REGION OUEST-AFRICAINE: ET SI LA CEDEAO S’IMPLIQUAIT AUTANT QU’ELLE LE FAIT AU PLAN POLITIQUE

Il faut dire que c’est surtout à l’occasion de la crise sociopolitique qui a conduit à la chute du régime IBK, que l’opinion publique malienne s’est fait une idée du pouvoir dont dispose la CEDEAO pour agir sur les politiques des pays de son espace géographique. Surtout l’imposition, par elle, des sanctions économiques et financières au Mali, a fini par convaincre le citoyen ‘’lambda’’ que cette organisation sous régionale est une ‘’Puissance’’ dont les décisions ne sauraient être contredites par aucun des pays membres. Sous peine de sanctions. On serait tenté de dire par métaphore que la CEDEAO est en quelque sorte le ‘’Gendarme’’ de la sous-région ouest-africaine.

Mais ce qui intrigue l’opinion nationale est le black-out que celle-ci fait sur le volet de la sécurisation des personnes et de leurs biens dans son espace. Toutes les actions par lesquelles s’est illustrée la CEDEAO, jusque-là, dans les pays qui la constituent, se rapportent exclusivement au domaine politique. Or, il est de notoriété publique que le volet sécuritaire constitue le plus grand défi qui se pose aujourd’hui dans la sous-région ouest-africaine. Fort de cette réalité, l’opinion aurait fortement souhaité que, pour la sécurisation de l’espace en question, la CEDEAO s’implique autant qu’elle le fait au plan politique.

De janvier 2013 à nos jours, que d’opérations militaires lancées, que de troupes déployées sur le terrain, que d’initiatives envisagées dans le cadre de l’antiterrorisme, mais sans jamais aboutir à un quelconque résultat probant. Il est donc temps que la communauté internationale, en tant que détentrice des rênes de cette lutte contre le terrorisme dans le Sahel, joue franc jeu avec les pays riverains dudit espace géographique. A bien disserter sur les tenants et les aboutissants de cette lutte, telle qu’elle s’effectue dans le Sahel, on ne serait pas en tort de se faire à l’idée que la communauté internationale est en train de mener un jeu de dupe avec les pays sahéliens. Sinon, comment comprendre que depuis sept ans qu’elle dure, la lutte contre le terrorisme dans le Sahel n’ait pu donner aucun résultat probant. C’est donc de bonne guerre si les forces étrangères déployées sur le terrain sont vouées aux gémonies par les populations meurtries qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Nul n’est besoin de dire, dans le contexte actuel des guerres, que les victoires se remportent au prorata de la qualité des renseignements militaires. S’il est vrai que dans le cadre de la guerre dans le Sahel, les terroristes excellent dans des guerres asymétriques, il n’en demeure pas moins vrai aussi que les forces étrangères  déployées sur le terrain, notamment Barkhane et dans une moindre mesure la MINUSMA, disposent de moyens et de systèmes très performants dans le domaine du renseignement militaire. Mais vu l’aisance avec laquelle les groupes terroristes arrivent à perpétrer leurs actes et cela malgré la présence de la force Barkhane sur le terrain avec tout le matériel sophistiqué dont elle dispose, on ne peut s’empêcher de se convaincre que cette force antiterroriste déployée dans le Sahel fait preuve de rétention de renseignements militaires, tant que ce ne sont pas ses positions qui sont visées par des assaillants. Dans de telles conditions on risquerait de s’enliser dans cette guerre, si ce n’est d’ailleurs le cas déjà. Comme le dit l’adage bien de chez nous : « On n’est jamais mieux servi que par soi-même », il est plus qu’impérieux alors que les pays de la zone du Sahel et, par extension, tous ceux de l’Afrique de l’Ouest s’approprient cette lutte contre le terrorisme dans le Sahel.

La principale structure sous régionale qui pourrait se prêter le mieux pour cette appropriation est, en toute évidence, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). En effet, en sa qualité d’organisation intergouvernementale, le leadership de la lutte contre le terrorisme dans le Sahel lui siérait mieux, plutôt qu’à la France ou à l’Europe. D’ailleurs les chefs d’Etat et de gouvernement de cette organisation sous régionale semblent se rendre à cette évidence si on s’en tient à leurs récentes déclarations et autres prises de position. On se souvient qu’à l’issue de son sommet extraordinaire, tenu à Ouagadougou le 14 septembre 2019, la CEDEAO avait décidé de se doter d’un plan d’action quinquennal (2020-2024) afin d’améliorer la lutte contre le terrorisme. L’organisation sous régionale décide ainsi de prendre en main le dossier de la lutte antiterroriste dans le Sahel. Du coup d’aucuns parmi les observateurs se demandent, qu’adviendra-t-il alors de la Force Conjointe du G5-Sahel.

En réponse à ce questionnement, il faut dire que, même si la FC du G5-Sahel n’a pas encore prouvé son efficacité sur le terrain, il ne s’agira pas de lui trouver un substitut par la création d’une force sous l’égide de la CEDEAO dans la mesure où cette dernière est prévue dans le moyen terme alors que l’immédiat voudrait que l’on renforce plutôt les instruments déjà existants. Les chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO, se rendant à l’évidence que le principal écueil qui empêche la FC du G5-Sahel à s’affirmer sur le terrain étant le volet financier des opérations, avaient décidé de s’affranchir des promesses de financement des bailleurs de fonds, pour ne voler que de leurs propres ailes. Ainsi, sous la rubrique du financement de la force sous régionale attendue, la moitié du financement nécessaire, soit 500 millions de dollars, devrait être décaissée par l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) et le reste devait être à la charge des Etats membres de la CEDEAO avec un élargissement au Tchad et à la Mauritanie qui sont deux pays non membres de cette organisation. Quoi qu’il en soit, la profonde conviction des pays concernés par la lutte contre le terrorisme dans le Sahel est qu’il leur faut impérativement prendre leur destin en main en s’affranchissant de la tutelle des forces étrangères : cette guerre est la leur et rien que la leur.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-09-21T10:54:16+02:00septembre 21st, 2020|ACTUALITE, SOCIÉTÉ|0 Comments

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