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ANCIEN MINISTRE OUSMANE SY HIER SUR RFI A PROPOS DE L’INDEPENDANCE DU MALI: “IL Y A DE BONNES CHOSES QUI SONT EN TRAIN D’EMERGER AUJOURD’HUI EN AFRIQUE.”

C’était hier mardi 22 septembre 2020 que le Mali a commémoré le 60ème anniversaire de leur accession à l’Indépendance. A cette occasion, des hommes politiques et intellectuels ont fait de témoignages. Parmi eux, l’ancien ministre Ousmane SY. Sur les antennes de RFI, M. SY a étalé les faiblesses de l’Etat et proposé des solutions pour la prospérité du pays notamment sur le plan de la gouvernance.

Hier, le Mali a fêté les 60 ans de son indépendance. Soixante ans marqués par trois guerres et quatre coups d’État et le dernier en date du 18 août dernier seulement, mais 60 ans marqués aussi par de vraies avancées démocratiques. De 2000 à 2002, Ousmane SY a été le ministre de l’Administration territoriale du président KONARE, puis d’IBK. L’ancien ministre s’est prêté aux questions de nos confrères de RFI. Au cours de l’interview, il a fait de témoignages éloquents. Par rapport à la gouvernance du pays, Ousmane SY a soutenu ceci : « Je suis loin de dire que le Mali a rempli tous les espoirs. Parce que quand on regarde le parcours, bien sûr, il y a des acquis incontestables. Compte tenu des libertés conquises et renforcées, on est effectivement beaucoup plus libre aujourd’hui. En dehors de cela, pour tout le reste, il est difficile de dire que c’est un succès. » Sur le développement socioéconomique, SY a réagi en ces termes : « Il faut dire clairement que c’est un échec : on ne peut pas dire que les gens vivent mieux aujourd’hui que dans les années 1960. »

Pour l’éclatement de la Fédération du Mali : “Beaucoup de Maliens regrettent l’éclatement de la Fédération, surtout quand on regarde l’évolution des deux pays. Si les deux pays étaient restés ensemble, peut être, on aurait plus de stabilité, plus de développement. Le Mali aurait un débouché à la mer et le Sénégal, un marché.” Concernant le poids des militaires dans la vie politique : “Il y a eu 04 coups d’Etat en 60 ans, mais on a eu aussi 03 rebellions dans les 60 ans. Cela montre que ce pays a été bâti sur des options de boulets ardents.

« Et pour ce qui concerne les solutions contre les rebellions : depuis l’indépendance, le Mali a fait un choix de type d’Etat unitaire, centralisé. Ce choix n’a pas permis à toutes les potentialités de s’exprimer. C’était les deux caractéristiques de notre pays. « Notre pays est un pays de grande diversité, diversité humaine, diversité du territoire. Je crois que l’option qu’on a faite, de partir d’un Etat unitaire, centralisé  qui s’est efforcé pendant 60 ans, a uniformisé la diversité. Aussi longtemps qu’on n’affrontera pas cette question, les coups d’Etat, les rebellions se multiplieront. Les rebellions nourrissent des coups d’Etat et les Coups d’Etat vivent de rebellions. Voilà comment ! C’est un cycle infernal », a-t-il laissé entendre.

S’agissant du choix entre la décentralisation et le fédéralisme : « Du point de vue principe, je n’ai rien contre la fédération. Ce qui est important, c’est que l’on doive trouver un système institutionnel qui tienne compte des deux caractéristiques que j’ai citées : la diversité humaine et la diversité du territoire. « Le Mali est un pays qui est au centre de l’Afrique de l’Ouest. Donc, il sert de lien entre le Sahara et l’Afrique noire. C’est une caractéristique qu’on n’a pas suffisamment analysée.  L’évolution institutionnelle doit être ouverte”, a-t-il dit.

Concernant l’occupation des postes par les personnalités du Nord dans l’appareil d’Etat : « On a vécu cela au Mali, un Premier ministre Touareg comme au Niger. Le 1er Premier ministre d’Amadou Toumani TOURE était un Touareg. Je crois que le problème n’est pas une question de Touareg ou de Bamanan ou de Peulh. Le problème, c’est le système institutionnel dans lequel nous sommes installés. « En fait, le problème n’est pas lié au Touareg ou au Bamanan ou au Peul ou au Sénoufou. Les Touaregs s’expriment par la rébellion parce que c’est beaucoup plus culturel. Ils sont différents des sédentaires qui ont d’autres modes d’action. Je crois que depuis l’indépendance notre grande barque tangue. C’est que nous avons érigé un système institutionnel qui n’est pas à l’image de notre nation. La Mali est un pays trop centralisé ; pire, trop uniformisé.

« Aussi longtemps que nous voulons uniformiser les choses dans notre pays : uniformiser la gestion du territoire, uniformiser la gestion des communautés, nous ne nous tirerons pas des problèmes. Nous aurons de révoltes, des coups d’Etat, etc. », a expliqué l’ancien ministre SY. Par rapport aux faiblesses de l’Etat, il a dit : “Aussi longtemps que l’Etat n’est pas adopté par les communautés, il est senti comme un corps étranger, je crois que la corruption va être même socialement admise. Et c’est à cela que nous sommes en train d’assister aujourd’hui. Je crois qu’il faut régler le problème du type d’Etat auquel les populations s’identifieraient. Ainsi, elles considèreront que les biens publics sont leurs biens”.

Sur la juxtaposition des communautés : “Le Mali est une nation qui tire son origine de très loin. C’est que l’Etat n’est pas en adéquation avec la nation. Le Mali est une nation et l’origine de la nation se trouve dans les grands empires. Les familles en subissent le contrecoup.  Elles sont entremêlées. Rares sont celles qui n’associent pas 03 ou 04 ethnies différentes. La gestion de la diversité est un problème pour l’Etat et non pour la nation malienne. Donc, la gestion de la diversité n’est pas un problème pour nous”, a-t-il précisé. Concernant le rôle de la France à l’égard du Mali : “Je ne suis pas du genre à penser que tous nos problèmes sont liés à la France. Elle est partie, elle nous a laissés les moyens de nous prendre en charge et d’évoluer. Mais, c’est nous-mêmes qui sommes installés dans une espèce de dépendance par rapport à cette puissance coloniale (dépendance politique, économique) et toute la dépendance la plus grave est la dépendance intellectuelle. Nos universités qui forment les élites sont toutes dépendantes des universités françaises. Ce qui fait que la Constitution que nous avons est une constitution reproduite de 1958”, a déploré Ousmane SY.

Boubacar DIARRA, avec RFI

By |2020-09-23T10:58:43+02:00septembre 23rd, 2020|A LA UNE, ACTUALITE, SÉCURITÉ|0 Comments

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