///CONDUITE DE LA TRANSITION : LE M5-RFP PRONERAIT-IL UNE JUSTICE DE VAINQUEURS ?

CONDUITE DE LA TRANSITION : LE M5-RFP PRONERAIT-IL UNE JUSTICE DE VAINQUEURS ?

On serait porté à se demander si réellement le M5-RFP et la junte (CNSP), qui a renversé IBK le 18 août dernier, se font une même perception quant aux tenants et aux aboutissants de la période transitoire. Ce questionnement a bien sa part de pertinence quand on sait, en certaines circonstances, que ces deux courants semblent être à l’antipode l’un de l’autre.

Depuis le putsch, une espèce de ressentiment, que d’aucuns ont mis sous le couvert d’un manque de confiance réciproque, a commencé à poindre entre ces deux principaux acteurs du coup d’état. En quelque sorte une espèce de conflit de leaderships pour la gestion de la période transitoire. Considérant leur mouvement comme étant la tête de proue de la contestation populaire qui a conduit à la chute d’IBK, les membres du M5-RFP sont montés au créneau pour se plaindre de la conduite des militaires du CNSP quant à leurs agissements se rapportant à la mise en place et à la gestion de la période transitoire. A leur entendement les membres de la junte nourrissent des velléités de s’approprier exclusivement les rênes de cette période. Il faut dire qu’au-delà d’une simple question de représentativité sur le terrain de la Transition, les points de vue de ces deux tombeurs du régime IBK sont aussi contradictoires en ce qui concerne les acteurs qui devraient avoir voix au chapitre durant cette Transition.

Pour le M5-RFP, ceux-là qui ont défendu le régime d’IBK et qui lui sont restés fidèles jusqu’à sa chute, ne doivent pas être sollicités pour la mise en place de la Transition et de sa gestion.

Cette responsabilité doit être dévolue uniquement au M5-RFP et au CNSP. En faisant sienne une telle option qui en appelle à l’exclusion de certains acteurs, le M5-RFP voudrait-il prôner une justice de vainqueurs ? La question vaut son pesant d’or étant que ses dirigeants ne se gênent pas de se targuer d’être les ‘’Co-tombeurs’’ d’IBK et à ce titre ils se targuent d’être les seuls associés du CNSP pour la gestion de la Transition. Si nombreux sont les observateurs qui voient en cette attitude du M5-RFP une espèce d’aberration, les membres de la junte sont sans ambiguïté quant à leur volonté de mener une période transitoire en concertation avec l’ensemble des forces vives de la nation, sans exclusion aucune. Toute chose qui avait amené le porte-parole de la junte, colonel-major Ismaël WAGUE à déclarer : « On n’a aucun lien particulier avec le M5-RFP. Nous allons travailler avec l’ensemble des Maliens ». Ce qui est encore plus réconfortant est que le CNSP, pour faire preuve de sa disponibilité à composer avec tout le monde, déclare être ouvert aux conseils que pourraient prodiguer les anciens au sein de la classe politique.

Même si le souhait ardent des militaires est de faire en sorte qu’une nouvelle génération d’acteurs politiques fasse son apparition sur le terrain de la Transition.

En vérité cette prédisposition d’esprit chez les membres du CNSP est aussi celle de la majorité écrasante des Maliens. Si les dirigeants de l’aile politique du M5-RFP voudraient se prévaloir de la grande aura dont jouit leur mouvement, ils ne doivent cependant pas oublier que c’est essentiellement grâce à la popularité dont jouit l’Imam Mahmoud DICKO auprès de l’opinion nationale. En réalité, hormis ce leader religieux et son mouvement la CMAS, les autres composantes du M5-RFP ne jouissent d’aucune popularité auprès de l’opinion nationale. Bien au contraire, elles sont toutes vouées aux gémonies et cela, leurs dirigeants respectifs en sont parfaitement conscients. C’est pourquoi nombreux sont les observateurs avertis de la scène politique au Mali qui conviennent que sans l’imam Mahmoud DICKO et, dans une moindre mesure, la CMAS, le regroupement hétéroclite M5-RFP n’est d’aucun poids dans le microcosme politique malien. Donc dans le contexte actuel de la situation sociopolitique malienne, les dirigeants du M5-RFP doivent garder le profil bas étant donné qu’ils sont, en tout cas pour la plupart d’entre eux, voués aux gémonies par les populations qui ne leur accordent aucun crédit. Si les populations civiles ne s’encombrent pas d’accorder un quelconque crédit à la classe politique, du côté des militaires non plus la situation n’est pas plus reluisante.

En tout cas, au regard de l’attitude de méfiance que semble observer la junte vis-à-vis du M5-RFP, il ne se fait pas doute que les militaires rechignent à composer avec la ‘’vieille’’ classe politique malienne.

Et d’ailleurs un membre du CNSP qui a requis l’anonymat l’a fait savoir en ces termes : « le CNSP a expliqué être là pour réformer le pays, mais certains de ses membres ne veulent pas avoir à composer avec des hommes politiques qui ont occupé des fonctions dans de précédents gouvernements ».  En vérité si l’auteur de ces propos a requis l’anonymat, nul n’est dupe que c’en est là, malheureusement, une mentalité largement partagée au sein de la junte qui semble ne pas faire confiance à la classe politique, notamment à ses acteurs qui ont duré dans le rouage. C’est donc dire si les dirigeants politiques du M5-RFP sont habités par le démon d’une justice de vainqueurs, il n’est vraiment pas évident que leurs désirs soient exaucés étant donné qu’il y a un déficit de confiance entre eux et leurs collaborateurs potentiels.

 

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-09-02T16:18:09+02:00septembre 2nd, 2020|ANALYSE|0 Comments

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