//COUP D’ETAT AU MALI: UNE AUBAINE OU UN CADEAU EMPOISONNE POUR LE M5-RFP ?

COUP D’ETAT AU MALI: UNE AUBAINE OU UN CADEAU EMPOISONNE POUR LE M5-RFP ?

Au regard des péripéties de la crise sociopolitique qui n’en finissaient pas de s’amplifier tous les jours un peu plus, votre quotidien ‘’Le Soir de Bamako’’ avait prévenu, dans sa parution N°5363 du mercredi 18 juillet 2020, qu’il y avait lieu de redouter que l’on n’en arrive à des extrêmes. Cette crainte était d’autant légitime quand on sait qu’à chacune de ses manifestations populaires, le M5-RFP s’est toujours prévalu de sa forte capacité de mobilisation des citoyens. Et pour contrebalancer cette capacité de rassemblement des foules, le pouvoir d’Etat s’est, lui-aussi, toujours prévalu de son devoir de maintien de l’ordre pour déployer des forces de sécurité en guise d’épouvantail dissuasif. Dans un tel scénario un affrontement pourrait vite arriver, exactement comme ce fut le cas lors des manifestations du 10 juillet 2020 et jours suivants, avec des conséquences dramatiques.

Morts d’hommes, blessés graves et autres dégâts matériels importants. Généralement si la situation devient tendue jusqu’à un certain point, un ‘’troisième larron’’ qui est aux aguets et toujours prompt à intervenir pour rétablir l’ordre, n’attend pas meilleures occasions. La suite est un scénario classique connu de tous…. Autrement dit un coup d’état. Depuis plus d’une dizaine de semaines, le climat sociopolitique est en ébullition du fait des contestations nourries par le M5-RFP contre le régime du Président IBK. Nous savons que ce mouvement contestataire a fait de la démission du Président IBK son cheval de bataille. Nonobstant les nombreuses missions de bons offices, tant au niveau interne qu’à celui externe du pays, les contestataires sont restés droits dans leurs bottes en ne jurant que par la démission d’IBK. Il faut dire que dans la recherche des voies et moyens pour une issue heureuse de cette crise, le Président IBK a consenti à d’importantes concessions mais qui, malheureusement, ont été jugées insuffisantes par le camp de la contestation. Alors que les protagonistes de cette crise se tiraillaient à propos de la démission d’IBK, un autre malaise couvait dans les coulisses de la ‘’Grande Muette’’ malienne.

C’est ce malaise interne à l’Armée Nationale, auquel est venu se greffer le mécontentement populaire exprimé par le M5-RFP, qui a été le mobile principal ayant conduit au coup d’état perpétré le mardi 18 août 2020 contre le régime d’IBK. C’est dire, eu égard aux circonstances qui ont prévalu pour en arriver à l’extrême de coup d’état, autant le Président IBK que le camp de ses contempteurs, le M5-RFP, nul n’a remporté la palme étant donné que le premier a été déchu du pouvoir d’Etat, lequel pouvoir n’a pas, non plus, échu au second.

Le bénéficiaire étant le ‘’troisième larron’’ auquel il est fait illusion plus haut. Suivez mon regard.

Etant donné que le M5-RFP a fait de la démission du Président IBK son cheval de bataille et vu que celui-ci a été destitué de force par la junte, on devrait alors se demander si le coup d’état devrait être considéré comme une aubaine ou, au contraire, un cadeau empoisonné pour le M5-RFP ? Ce questionnement a bien sa part de pertinence dans la mesure où le Comité National pour le Salut Peuple (CNSP), la junte qui a perpétré le putsch, a semblé totalement ignorer le M5-RFP, en tout cas dans ses premières déclarations.

Cette junte n’a rien de commun avec le mouvement contestataire et d’ailleurs Mohamed Salia TOURE un membre du M5-RFP le confirme en déclarant : « C’est une page qui se tourne et c’est une nouvelle page qui s’ouvre, nous l’espérons. On va s’attaquer aux problèmes de fond auxquels le pays reste confronté et qui ont conduit à cette révolte populaire et que le peuple malien va, dès demain se réunir, se réunir pour décider des contours de ‘’comment mettre en place une transition politique la plus inclusive possible’’. Il est vrai que ce serait difficile, mais le plus difficile est fait. Il reste encore des choses à faire pour réussir notre cohésion qui sera soumise à rudes épreuves. Et il va falloir que les gens résistent et je n’ai aucun doute que nous réussirons à sortir de cette situation sombre de notre histoire. Ni l’Imam DICKO ni les autres dirigeants du M5-RFP n’ont de contact avec les membres de la junte, en tout cas jusqu’en ce moment où je suis en train de vous parler ».Le CNSP a promis une transition chargée d’organiser de nouvelles élections et ensuite redonner le pouvoir aux civils.

Bien que la junte n’ait fourni aucun calendrier précis, elle invite néanmoins la société civile et notamment les organisations syndicales à se joindre à elle pour organiser la transition qui devrait déboucher sur l’organisation d’élections crédibles.

Elle a aussi invité les uns et les autres à dépasser les clivages sociaux et politiques. En tout cas il n’y a pas de doute qu’avec la junte, les donnes vont changer et le M5-RFP n’aura pas voix au chapitre autant qu’il l’avait eu avec IBK. Cela signifie qu’il ne jouirait d’aucune prépondérance par rapport aux autres composantes de la société malienne. Ce serait une lapalissade de dire, contrairement aux idéaux de l’imam DICKO qui aspire à rehausser la morale sociétale au Mali par le biais de l’amélioration de la morale sociétale, le versant politique du M5-RFP, quant à lui, n’est en réalité mû que par des visées égoïstes. Toute chose qui fonde à se faire à l’idée que le coup d’état du mardi s’apparente à un cadeau empoisonné pour le M5-RFP.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-08-24T16:09:26+02:00août 21st, 2020|ACTUALITE|0 Comments

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