//DÉMISSION DES 31 DEPUTES DITS ‘’MAL ELUS’’: QUAND LE MINISTRE BOUBACAR BAH TENTE DE MENER LE PEUPLE EN BATEAU

DÉMISSION DES 31 DEPUTES DITS ‘’MAL ELUS’’: QUAND LE MINISTRE BOUBACAR BAH TENTE DE MENER LE PEUPLE EN BATEAU

De toutes les péripéties de la crise que le Mali traverse, depuis bientôt neuf semaines, c’est celle se rapportant à la démission des 31 députés dits ‘’mal élus’’ qui focalise le plus l’attention du public. Pour rappel, signalons que les Chefs d’Etat de la CEDEAO, mus par la volonté de secourir le Mali dans son adversité, se sont entretenus le lundi 27 juillet 2020, par visioconférence, pour débattre autour de la crise sociopolitique que le pays traverse en ce moment-ci. L’objectif fondamental de ce sommet virtuel était de dégager un plan de sortie de crise au moyen de solutions durables. Mais là où le bât blesse est qu’au nombre des propositions faites par la CEDEAO il y a certaines qui, à n’en pas douter, conduiraient indubitablement à un imbroglio politico-judiciaire chez nous.

Compte tenu du fait que ce sont les résultats proclamés par la Cour constitutionnelle à l’issue des dernières législatives qui ont été l’élément déclencheur de la crise, alors la conférence virtuelle des chefs d’Etat de la CEDEAO a demandé avec instance que soient contraints à la démission, les 31 députés dits ‘’mal élus’’ et aussi que l’on procède à une recomposition de la Cour constitutionnelle. Mais à bien disserter sur la faisabilité de ces deux propositions de la CEDEAO, on se rendrait aisément compte que leurs mises en application seraient en butte à des écueils de taille, notamment d’ordre juridique. En effet ce serait tout simplement un leurre que de croire qu’il serait aisé d’obtenir la démission des députés ‘’mal élus’’ dans la mesure où, eux-aussi, ont un piédestal juridique assez solide sur lequel se fixer. D’ailleurs au cours d’une conférence de presse qu’ils ont animée le mercredi 29 juillet dernier, les députés dit ‘’mal élus’’ ont dit à qui veut l’entendre que toute décision de justice prononcée par la Cour constitutionnelle, comme ce fut leurs cas, met un terme définitif et immuable à tout contentieux. Cela est vrai et conforme à l’article 94 de la Constitution.

On n’a vraiment pas besoin d’être juriste ou constitutionnaliste pour savoir, honnêtement, qu’en voulant faire droit à la proposition faite par la conférence virtuelle des Chefs d’Etat de la CEDEAO, et qui suggère la démission des députés, on prêterait le flanc plutôt à un ‘’abus de pouvoir’’.

Mais malgré cette réalité qui est de notoriété publique, le Ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, Boubacar Alpha BAH dit ‘’Bill’’, semble n’épargner aucun effort pour convaincre les députés dits ‘’mal élus’’ à rendre leurs démissions. En vérité, pour qui connait le microcosme politique malien, cela n’est pas impossible. On pourrait bien obtenir des intéressés, leurs démissions, mais par d’autres voies que celle empruntée par le ministre BAH. Depuis la formation du ‘’mini-gouvernement’’ auquel il appartient, le ministre Bill n’a cessé d’aller de rencontres en rencontres avec les différentes composantes du microcosme politique malien. Et le principal sujet au cœur de toutes ces rencontres concerne, dit-on, la recherche de voies et moyens pour obtenir la démission des députés dits ‘’mal élus’’. Franchement les Maliens s’étonnent de toute cette débauche d’énergie de la part du Ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, alors que la solution qui sied en pareille circonstance et qui serait d’ailleurs le moindre mal, est de proposer aux intéressés des primes de dédommagement. C’est un secret de polichinelle que dire, sous nos cieux, les acteurs politiques ne sont mus que par l’appât du gain. Le patriotisme et autres convictions idéologiques, politiques ou philosophiques ne sont en réalité que des concepts vides de sens pour eux. Mieux vaut dépenser de l’énergie à la recherche de voies et moyens pouvant aboutir à la création d’un fonds financier de dédommagements, plutôt que de vouloir mener le peuple en bateau, en lui faisant croire que par de simples négociations on pourrait convaincre les députés en question à démissionner.

Le plus crédule des Maliens n’aurait cru en cela. Et puis après tout, ce fonds financier pourrait même être étendu à autre chose que le seul dédommagement des députés démissionnaires et en ce cas prendre, par exemple, l’appellation de ‘’Fonds Financier de Gestion de la Crise’’.

A cet effet, ce fonds pourra être étendu au dédommagement des familles des personnes tuées récemment à Bamako lors des manifestations et au  dédommagement des personnes qui ont perdu leurs biens matériels. En tout cas, quelles que soient les menaces que proféreront les Chefs d’Etat de la CEDEAO, le gouvernement malien ne saurait se prévaloir d’aucune disposition légale de la République pour contraindre à la démission ceux-là qui ont été déclarés élus par des agents assermentés de l’Etat malien. Donc pour sortir de cet imbroglio politico-judiciaire, le ministre Bill doit plutôt axer le débat sur les moyens, financiers s’entend, à mettre en œuvre pour le dédommagement des députés qui accepteraient de démissionner. Cela n’est ni une infamie ni un déshonneur mais ça apprendra à nos autorités à avoir un peu plus d’égard pour le peuple.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-08-06T16:23:59+02:00août 6th, 2020|ACTUALITE|0 Comments

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