/, INTERVIEW, SÉCURITÉ/LE PRESIDENT DE CNDH AGUIBOU BOUARE A CŒUR OUVERT : « JE SUIS ATTRISTE PAR L’IMPUNITE DONT ONT BENEFICIE LES PERSONNES SUSPECTEES DE TERRORISME. CETTE NOUVELLE M’A IMPOSE UN OXYMORE »!

LE PRESIDENT DE CNDH AGUIBOU BOUARE A CŒUR OUVERT : « JE SUIS ATTRISTE PAR L’IMPUNITE DONT ONT BENEFICIE LES PERSONNES SUSPECTEES DE TERRORISME. CETTE NOUVELLE M’A IMPOSE UN OXYMORE »!

Hier dimanche, votre quotidien le Soir de Bamako ” a joint au téléphone le Président de la Commission Nationale des Droits de l’homme, CNDH Aguibou BOUARE. Au cours de cet entretien,  M. BOUARE s’est prononcé sur la  libération des coupables purgeant leurs peines au profit de celle des otages dans le sahel.  Ensuite l’occasion était bonne pour Monsieur BOUARE de nous dire ce qu’il pense de l’esclavage par ascendance dans la région de Kayes et aussi de s’exprimer sur les incidents survenus à Farabougou et à Libe.

Le Soir de Bamako : Que pensez-vous de la situation sécuritaire au Mali. La libération des centaines de terroristes relâchés, quels commentaires faites-vous là-dessus. N’est-elle pas liée à la multiplication des attaques récentes au Mali?

Aguibou BOUARE: Cette nouvelle m’a imposé un oxymore ! Elle m’inspire ainsi  un sentiment de “joie-triste”. Me réjouissant de la libération de l’honorable Soumaila CISSE et de Sophie PETRONIN ainsi que toute autre personne victime d’enlèvement ou de disparition forcée, je ne demeure pas moins préoccupé par l’impunité accordée aux suspects terroristes et autres criminels. Il est évident que les otages sont victimes de violations graves de leurs droits fondamentaux (disparition forcée, séquestration, torture…) méritant d’être sanctionnées. Au même  moment, je suis attristé par l’impunité dont ont bénéficié les personnes suspectées de terrorisme, de crimes contre l’humanité violant ainsi gravement les droits des victimes du terrorisme et d’autres atteintes au droit à la vie, à l’intégrité physique.

En plus de l’impunité condamnable, je déplore cette sorte de justice à deux vitesses exemptant de “présumés” criminels de poursuites judiciaires, pire libérant purement et simplement des coupables purgeant leurs peines

Il s’agit véritablement d’une situation cocasse incompatible avec le respect et la protection des droits humains. L’on me rétorquera que ce n’est pas la première fois, mais pour autant l’incompatibilité de ces pratiques avec le respect des droits humains ne saurait être occultée. J’ignore  si ces libérations ont un lien avec les attaques récentes.

Le Soir de Bamako : Que pensez-vous des malheureux incidents survenus dans les localités comme Farabougou et Libe? Doit-on demeurer  dans l’impunité ?

Les événements de Farabougou et de Libe sont déplorables et condamnables. La CNDH n’a pas manqué de dénoncer les violations et abus des droits humains constatés dans ces localités. Nous avons recommandé au gouvernement de tout entreprendre en vue de mettre un terme au siège dont était l’objet le village de Farabougou, et permettre  par voie de conséquence, aux populations de jouir de leurs droits fondamentaux. Nous avons réclamé des enquêtes impartiales et crédibles pour situer les responsabilités, identifier les commanditaires, auteurs et complices des violations des droits humains à Libe dans le cercle de Bankass. Nous rappelons que les FAMa doivent  être équipées et soutenues dans la lutte contre le terrorisme dans le strict respect des droits de l’homme. Nul n’est à l’abri de la violation de ses droits  il suffit de se retrouver au mauvais moment au mauvais endroit. Nous devons faire attention à l’amalgame et au délit de faciès dans le combat noble contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

Le Soir de Bamako : Monsieur le président du CNDH, le cercle de Bafoulabé a organisé une gigantesque marche contre l’esclavage dans la région de Kayes. Selon vous, cette manifestation sera t- il un des moyens pour arriver à éradiquer complètement ce phénomène en ce 21ème siècle ? Faudra-t-il suffisamment de mobilisation pour y arriver notamment l’implication des leaders religieux, de la société civile mais aussi celle des politiques ?

Aguibou BOUARE: Merci de me donner l’occasion de revenir sur ce sujet qui ne fait pas honneur à notre pays. En effet, l’esclave est proscrit dans le monde entier, et au Mali depuis 1904. Il est ahurissant de constater, en ce 21ème siècle, la perpétuation de l’esclavage par ascendance dans notre pays notamment dans le Nord du pays et au sud dans la région de Kayes. Cette pratique ignoble se manifeste par des violations souvent graves des droits humains y compris les atteintes au droit à la vie comme. On l’a déploré le mois de septembre passé à Diandjoume dans le cercle de Nioro. Au moins 4 personnes ont été battues à sang, froidement assassinée et jetées dans le fleuve, sans compter le nombre de blessés. Quelle horreur ! C’est vous dire à quel point, la violence a dépassé toutes les limites. Pour revenir à votre question, je ne peux que saluer la lutte noble menée par les organisations de défense des droits humains contre ces abus et violations des droits fondamentaux de la personne humaine depuis quelques années.

La CNDH s’est impliquée dans ce combat avec détermination, conformément à son mandat légal et à sa vision d’être à l’avant-garde de la protection des droits humains au Mali

La CNDH continuera de mener ce combat à son terme à travers la sensibilisation et la répression au besoin. La CNDH accompagne et soutient toutes procédures judiciaires tendant à sanctionner les commanditaires, auteurs et complices des infractions pénales en lien avec l’esclavage et pratiques assimilées. À ce titre, je salue toute initiative tendant à dénoncer ces atteintes au droit à la vie, à l’intégrité physique, à la propriété, à la santé… Les manifestations populaires s’inscrivent dans le cadre de la sensibilisation, de l’information sur ce fléau déshonorant pour nous et pour notre pays. D’aucuns se cachent derrière le prétexte de la culture, des us et coutumes qui ne saurait prospérer quand l’on sait que rien ne saurait justifier les abus et violations des droits humains. Les tenants de ce raccourci ne sauraient jamais accepter d’être soumis eux-mêmes ou de voir soumettre un des leurs à ces traitements  inhumains ou dégradants. Certains d’entre eux qui attisent le feu à partir de la diaspora sont les premiers à crier au scandale, au racisme au constat du moindre regard déplacé d’un blanc sur eux; pourtant ils transfèrent des fonds pour entretenir et encourager ces pratiques médiévales. Je pense que cette mobilisation vient s’ajouter aux avancées constatées dans cette lutte noble.

Le Soir de Bamako : Pourquoi vous, en tant que protecteur des droits humains, ne portez  pas devant les juridictions compétentes, les politiques qui encouragent l’esclavage dans certaines localités de Kayes? Qu’est-ce qui fait que personne n’ose en faire son affaire ?

Aguibou BOUARE: La CNDH contribue beaucoup à cette lutte. Elle est déterminée à continuer cette lutte, surtout à combattre l’impunité dont certains élus encourageant la pratique bénéficient. Il est regrettable et condamnable de voir certains élus défendre la pratique de l’esclavage par ascendance, notamment pour des raisons électoralistes. Nul  n’est au-dessus de la loi! La CNDH privilégie la sensibilisation et l’information encore, à défaut de résultat tangible, la répression sera soutenue contre les caciques,  les récalcitrants.

Nous appelons l’attention de l’État sur son obligation de protéger les personnes et leurs  biens sur l’étendue du territoire national, singulièrement les victimes de l’esclavage par ascendance

Ceux qui de l’extérieur financent ou encouragent le fléau seront poursuivis à travers la coopération judiciaire entre le Mali et les autorités des pays de résidence des esclavagistes.

Le Soir de Bamako : Un dernier mot.

Aguibou BOUARE: En tout état de cause, il revient à l’État, débiteur principal en matière de droits  humains, de protéger les personnes et leurs biens sur l’étendue du territoire national.

Propos recueillis par Ben Chérif

 

 

By |2020-10-26T17:53:10+01:00octobre 26th, 2020|ACTUALITE, INTERVIEW, SÉCURITÉ|0 Comments

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