//POUR LA LEVEE DE L’EMBARGO: LA CEDEAO VOUDRAIT-ELLE EN RAJOUTER AUX CONDITIONS ?

POUR LA LEVEE DE L’EMBARGO: LA CEDEAO VOUDRAIT-ELLE EN RAJOUTER AUX CONDITIONS ?

Décidément, les Maliens ne comprennent pas, malgré les concessions faites par les autorités de la Transition, que les sanctions financières et économiques imposées par les Chefs d’Etat et de Gouvernements de la CEDEAO soient maintenues jusque-là. Signalons que suite au putsch perpétré le 18 août 2020 contre le régime ‘’IBK’’ et conformément à ses principes directeurs en pareille circonstance, la CEDEAO a décidé, en tant qu’institution de régulation de l’exercice démocratique dans la sous-région ouest-africaine, d’imposer au Mali un ‘’embargo partiel’’ qui consiste en des sanctions financières et économiques pour, dit-elle, contraindre la junte à accélérer le processus du retour à une vie constitutionnelle normale.

S’il est vrai que cette mesure contraignante de l’élite sous régionale peut être jugée de bonne guerre, il ne faudrait pas que celle-ci perde de vue que ce sont surtout et essentiellement les masses laborieuses, les forces vives de la nation qui sont les premières, et d‘ailleurs les seules, à pâtir de ces sanctions. Pour la levée de cet embargo, la Conférence des Chefs d’Etat et de Gouvernements de la CEDEAO avait exigé, notamment, que soient désignés deux civils pour tenir respectivement les rênes de la Présidence et de la ‘’Primature’’ de la Transition. Il faut dire qu’au moment où l’institution sous régionale posait ces deux conditions comme sine qua non à la levée des sanctions contre le Mali, c’étaient elles qui auguraient le mieux un retour du pays à la normalité constitutionnelle. Mais entre-temps, des journées de Concertations nationales furent organisées et elles ont été sanctionnées par une ‘’Charte de la Transition’’. Il a été convenu que c’est cette Charte qui régirait toute la période transitoire.

Mais là où le bât blesse dans les dispositions de cette Charte, c’est qu’une d’entre elles institue le poste de Vice-président avec des prérogatives à son titulaire de pouvoir remplacer le Président de la Transition en cas d’empêchement. Disposition avec laquelle ne s’accommodent pas les Chefs d’Etat et de Gouvernements de l’institution sous régionale. Ainsi l’abrogation ou la modification radicale de cette disposition a été retenue par la CEDEAO en additif aux conditions fixées pour une levée de l’embargo. Ce qui semble paradoxal est que cette Charte qui est censée avoir eu l’onction populaire au Mali n’avait même pas été publiée. Lors du sommet de la CEDEAO qui s’est tenu au Ghana le 15 septembre dernier, une délégation de la junte malienne conduite par le président du Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP), colonel Assimi GOITA, a eu l’occasion de présenter et défendre la Charte de la Transition devant les Chefs d’Etat et de Gouvernements. La junte a tenté de convaincre ses interlocuteurs sur le fait que la Charte a été souverainement  conçue, approuvée et acclamée par le peuple malien, sans exclusive.

Eh bien ! Si du côté du CNSP, l’onction du peuple est le seul et principal critère pour la validation et la mise à exécution de la Charte, hélas, du côté de la CEDEAO, c’est un autre son de cloche car le document portant sur ladite Charte a été rejeté par les Chefs d’Etat et de Gouvernement. Du coup, l’organisation sous régionale a semblé saisir la balle au bond pour faire de certaines modifications à apporter au texte d’autres additifs aux conditions sine qua non de la levée de l’embargo. On se souvient que dans un rapport officiel, Goodluck Jonathan, le médiateur attitré de la CEDEAO au Mali, déplorait le fait que la version finale de la Charte de Transition n’ait pas été rendue publique, malgré l’importance capitale que revêt ce document pour la conduite des 18 mois à venir. En plus, toujours selon le rapport officiel, la Charte consacre trop de prérogatives au Vice-président de la Transition alors qu’à l’entendement de l’élite sous régionale, ce dernier ne devrait s’occuper que des questions de défense et de sécurité. En plus le Vice-président ne remplacera pas le Président de la Transition dans quelque circonstance que ce soit.

En tout cas ce dont on peut se réjouir est que les autorités de la Transition font de leur mieux pour éviter toute espèce de bras de fer avec l’organisation ouest-africaine. A cet effet elles se sont pliées à presque toutes les exigences émises par cette dernière afin d’en arriver à la levée de l’embargo sur le Mali. Nous savons que les avis divergent entre la junte et la CEDEAO en certains d’autres points, même si l’institution sous régionale ne les a pas cités formellement parmi les conditions de levée de sanction. Il s’agit notamment de la dissolution du CNSP dès lors qu’un gouvernement de Transition sera mis sur pied et aussi, soit la libération ou alors la présentation devant la justice des personnalités, civiles et militaires, arrêtées dans le cadre du coup d’Etat.

C’est à juste raison que les Maliens s’étonnent du maintien de l’embargo sur leur pays malgré que la junte se soit pliée à toutes les exigences de l’institution sous régionale et du coup ils se demandent si la CEDEAO n’est pas dans une logique de chercher à en rajouter aux conditions de la levée de l’embargo. Il faut reconnaitre que les nouvelles autorités ont donné assez de gage à l’élite sous régionale. Un ‘’civil’’ a été nommé Président de la Transition. Un ‘’Civil’’ comme Premier ministre. Les prérogatives du Vice-président ont été revues à la baisse. La mouture finale de la Charte a été publiée au journal officiel. Toutes, des exigences de la CEDEAO qui, au grand dam du peuple malien, maintient néanmoins ses sanctions sur le pays. Il est vrai que la CEDEAO avait demandé la dissolution du CNSP dès la mise en place du gouvernement de Transition. Mais à l’entendement de la junte, la dissolution du CNSP ne devrait intervenir qu’après l’installation de tous les organes de la Transition. Est-ce là le principal point de blocage qui empêche la levée des sanctions ? Si oui, c’est tout simplement dire que nous ne sommes pas encore sortis de l’ornière.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-10-05T13:59:02+02:00octobre 5th, 2020|ACTUALITE|0 Comments

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