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QUATRIÈME TRANSITION AU MALI: LE CNSP GAGNERAIT A NE PAS CEDER AUX SIRÈNES DE LA CLASSE POLITIQUE

Il est de notoriété publique que sous nos cieux, l’exercice politique consiste essentiellement à user de tous les stratagèmes pour conquérir et exercer le pouvoir d’Etat. Sinon, être le plus près possible du sérail des tenants des rênes du pays. C’est justement cette perception, au demeurant galvaudée de l’action politique, qui prédispose nos acteurs politiques à verser souvent dans un opportunisme infamant en certains moments et en certaines circonstances. La transition politique que le Mali a entamée depuis le 18 août 2020, ne fera pas exception à la règle et déjà des signes l’attestant sont perceptibles dans le microcosme politique.

En réalité, le ressentiment qu’éprouvent majoritairement les Maliens à l’endroit de leur classe politique n’est pas fortuit et cela trouve son fondement dans les agissements par lesquels les acteurs n’en finissent pas de s’illustrer et cela depuis plus d’un quart de siècle. En effet si l’avènement de la démocratie multipartite au Mali en 1991 a permis de libérer la parole et les actes au plan politique, il faut dire que cela a été aussi l’occasion pour les acteurs politiques de se livrer, tous azimuts, à la création de partis, peu importe que les conditions qui siéent en la circonstance soient respectées ou pas.

Mais là où le bât blesse, c’est que lesdits partis, pour leurs créations, ne tenaient compte d’aucune orientation idéologique, sociale ou politique.

Il n’est donc pas étonnant de voir, dans ces conditions-là, des regroupements opportunistes avec des visées mercantiles. C’est ainsi que de l’avènement de la troisième République au Mali, à nos jours, la pratique d’une vraie démocratie multipartite a tout simplement été galvaudée si l’on s’en réfère à la réalité qui prévaut sur le terrain. Si depuis plus d’un quart de siècle que le Mali est engagé dans la voie d’une démocratie multipartite, on a coutume d’assister, à l’occasion de chaque évènement important, à une effervescence d’associations et autres mouvements populaires, eh bien, ce à quoi nous pourrons assister suite au coup d’Etat du 18 août 2020 ne sera pas loin de l’extravagance tant l’opportunisme prendra le pas sur les valeurs civiques et citoyennes. Il est vraiment regrettable de faire constater que dans la sphère politique, aujourd’hui sous nos cieux, les actions ne soient plus posées ou menées suivant des convictions idéologiques ou des raisons politiques. Si la logique voudrait que l’arène politique soit le lieu des débats et des confrontations d’idées, chez nous on y voit plutôt une jungle à l’intérieur de laquelle il faut tout faire pour s’offrir une place auprès des tenants du pouvoir d’Etat.

Naturellement, pour prospérer dans cette jungle, les protagonistes pourraient même consentir jusqu’à vendre leur âme au diable.

Toutes les mouvances politiques de notre pays s’inscrivent dans cette logique qui consiste à tout mettre en œuvre pour bénéficier d’une certaine sympathie auprès des nouveaux maitres des lieux, à savoir la junte. Les différentes associations et autres organisations de la société civile qui gravitent autour des formations politiques, quant à elles, n’en demandent pas mieux dans la mesure où elles peuvent toujours tirer profit de leurs alignements respectifs à un quelconque des bords politiques. C’est ce qui fait qu’il n’est pas rare de voir des associations et organisations de la société civile mouiller la chemise lors de manifestations populaires conduites par tel ou tel bord politique, mais cela ne les empêche nullement de louer leurs services à la mouvance opposée au cas où celle-ci aussi sollicite leurs services moyennant rétribution en espèce. En tout cas, c’est cette image négative qui colle non seulement à nos formations politiques mais aussi à nos associations et organisations de la société civile face à l’action politique.

Il ne se fait l’ombre d’aucun doute qu’à l’occasion du changement de régime qui s’est opéré le mardi 18 août 2020, nombreuses seront les formations politiques qui se rueront sur la junte, en quête de faveurs.

Bien entendu que cela se fera aux prix de boniments et autres chants de sirènes auxquels le CNSP gagnerait à ne pas céder. Il est de notoriété publique que nos acteurs politiques n’ont jamais été mus que par leurs intérêts égoïstes alors que la junte, à l’en croire, est plutôt mue par un réel souci de redressement de la gouvernance. Déjà le M5-RFP, spécifiquement son versant politique, tente de se targuer de la paternité de la crise qui a conduit au renversement du régime et à ce titre nourrit des ambitions pour que lui échoient certains rôles de haut standing dans le futur conseil de transition. Toute chose qui pourrait créer des frustrations dans d’autres camps adverses et compliquer un peu plus la tâche de la junte.

El Hadj Mamadou GABA

By |2020-08-25T18:07:56+02:00août 25th, 2020|A LA UNE, ACTUALITE, ANALYSE|0 Comments

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